
Aux origines du monde, le grand Heinz, seigneur divin et maître incontesté de l'univers, donna naissance aux pauvres petits humains que nous sommes, ainsi qu'à toute sorte de vie animale, minérale et végétale. Il leur donna la faculté de penser et de travailler, ce qui nécessitait, bien-sûr, une grande consommation d'énergie.
Pour leur donner les précieuses vitamines nécessaires à de telles facultés, le grand Heinz donna aux hommes le ketchup. Ceux-ci gouttèrent et apprécièrent cette substance sucrée ; puis ils vinrent à l'aimer, l'adorer et finalement l'idolâtrer. Ils finirent par oublier tout autre forme d'alimentation. Ils en mangèrent toujours plus, croyant que cette abondance serait éternelle, substance infiniment radieuse, inépuisable et inaltérable.
Mais, finalement, les réserves vinrent à s'épuiser et s'en suivi une grande famine, famine qui, de mémoire d'homme, n'eut pas de précédent tant les conséquences furent dramatiques pour l'espèce humaine. Mais le grand Heinz, dans son infinie bonté, veillait sur ses enfants, et face à la douleur de ceux-ci, renouvela les stocks de cette précieuse et miraculeuse substance.
Mais le cycle se répéta encore et encore ; et face à cette recrudescence exponentielle de la demande, le grand Heinz du prendre une décision : « Je ne puis continuer ainsi », se dit-il, regardant les hommes du haut de son palais céleste. « Les hommes ne cessent de se goinfrer, à mes dépends, sans même se soucier de trouver de la nourriture par eux-mêmes et de se prendre en charge. »
Alors, déçu, le grand Heinz décida, après moults réflexion, de leur offrir les plants de tomates. « Voici, mes enfants, leur dit-il, le fruit originel, source unique du ketchup. Cultiver-le, protéger-le, vénérer-le comme vous me vénérer. Faite, par vous-même, de ces plants, jaillir la tomate qui vous donnera l'abondance dont vous rêver. » Puis, content de lui, le grand Heinz regagna sa demeure, et plus jamais il ne devait réapparaître devant ses fils.
Les siècles s'écoulèrent et l'homme évolua. Il s'organisa en sociétés primaires où le cultivateur de tomate, caste supérieur, devait régner en maître. Certains s'occupaient de cultiver les plantes secondaires, d'autres d'élever du bétail ou de la volaille, sachant pertinemment qu'ils ne pourraient vivre essentiellement de tomate si celle-ci venait à disparaître. Chaque année, les cultivateurs de tomates, également grands prêtres du culte célébré au grand Heinz, se retrouvaient autour des ruines sur lesquelles, jadis, leur dieu leur offrit la sainte substance. Toujours à la même époque, à l'heure où la lune prenait cette délicieuse teinte rouge, symbole de la naissance de la tomate, ils célébraient, les mains tendues vers le ciel, le culte voué à la substance sacrée à laquelle ils avaient dédié leur vie.
Mais, un jour, l'un de ces prophètes, également éleveur de poule, se rendit à la cérémonie sacrée, omettant de refermer le poulailler. Revenu en sa demeure, le prêtre-cultivateur retrouva ses cultures de tomates ravagées, les poules ayant envahit, telles les sauterelles de la bible, les champs vénérables. Il se mit alors à pleurer, à crier, à maudire le grand Heinz pour n'avoir pu sauver ses récoltes sacrées. Dans sa peine, il découvrit, là où naguère se tenaient fièrement ses plants de tomates, des milliers d''ufs à la teinte dorée. Face à un tel spectacle, il renia la tomate et son dieu pour créer ce qui, plus tard, corrompra le monde : la mayonnaise impie.
# posted by In Saint Heinz We Trust ! @ 12:19